Vendredi soir dernier, il régnait une certaine effervescence à la médiathèque Raoul Georges Nicolo du Gosier. En effet, deux évènements s’y sont déroulés : la projection d’un film par l’association Ayoka ainsi qu’une conférence débat d’excellente facture autour des réseaux de solidarité dans la Guadeloupe d’hier et d’aujourd’hui.

Animée par Mesdames Luciani Lenoir Létang et Laisely Parat, elle aura été placée sous le signe de l’interactivité entre le public et les intervenantes. Ces dernières ont eu le mérite de se montrer concises dans leurs présentations respectives, ce qui a contribué à susciter l’intérêt du public qui a posé de nombreuses questions.

Auteur du livre « Réseaux de solidarités dans la Guadeloupe d’hier et d’aujourd’hui », Luciani Lenoir Létang a appris à l’auditoire que son ouvrage résultait d’une thèse de doctorat soutenue en 2003. Sept chapitre constituent cet ouvrage : 2 sont consacrés à l’aspect historique des solidarités, 4 dressent un état des lieux des solidarités telles que nos ancêtres les ont connues jusqu’à la fin du 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui , et le 7ème réalise un rapport entre la solidarité nationale et nos solidarités traditionnelles.

Solidarité de production(à travers notamment l’exemple du « KOUDMEN »), solidarité de voisinage(solidarité forte, renforcée autour du mort, ainsi qu’autour du mariage, malgré l’existence de mariages « clés en mains), lien associatif, tontine, solidarité nationale(sa genèse, mais aussi ses dérives en mettant en lumière le fait qu’elle puisse constituer un frein à l’esprit d’entreprise), tous ces thèmes ont été abordés par l’intervenante.

Laisely Parat, pour sa part, a mis en évidence le fait que l’économie sociale et solidaire soit un secteur très fort en Guadeloupe. Elle s’est appuyée sur la réalisation d’un état des lieux sur la question mettant en évidence le poids important du tissu associatif des mutuelles…..
Elle a rappelé que les Kaléboukas étaient un moyen pour les anciens de réaliser énormément de projets……
Projets !!!! Le mot était lancé ! En effet, de l’avis unanime des intervenantes, il serait erroné de parler de solidarité sans l’existence d’un projet.
On peut donc dire sans risque d’erreur que les clubs locaux d’épargne pour les femmes qui entreprennent sont des acteurs clefs de la solidarité, eux qui accompagnent « des porteurs de projets au féminin souhaitant entreprendre ».

« Il existent deux Clubs Locaux d’Epargne pour les Femmes (CLEF) qui visent à faire en sorte que des micro-projets puissent voir le jour sur les territoires. Nous devons transférer nos solidarités, appliquer nos valeurs de solidarité à l’économie », a expliqué Laisely Parat.

Le public, a posé de nombreuses questions aux deux intervenantes : existence réelle de l’entreprise au sens économique, la solidarité nationale comme vecteur de blocages, l’existence ou non d’une volonté politique d’agir pour le bien de la cité, les questions furent nombreuse. Plusieurs personnes présentes dans l’auditoire ont démontré leurs connaissances, voire leur implication dans l’économie sociale et solidaire.
Ainsi , ont elles parlé des Chambres Régionales d’Economie Sociale et Solidaire, de l’implication des femmes dans l’économie sociale et solidaire en tant qu’atout majeur pour le développement durable, etc.

Il faut enfin signaler les échanges fructueux qui se sont déroulés autour de l’auto dénigrant adage « Komplo a Nèg, sé Komplo a chyin ». Déjà considérablement affaibli suite au mouvement social mené par le LKP, les intervenantes ont préconisé sa disparition pure et simple. « Nous sommes à la croisée des chemins. Il faut faire mentir l’adage. Le système nous a inculqué cela. Il faut impérativement prendre conscience du fait que c’est ensemble que nous résoudrons nos problèmes », a conclu Luciani Lanoir Létang.

ILS ONT DIT :

Laisely Parat : « Si nos anciens avaient compté sur la volonté politique, nous ne serions pas la aujourd’hui. La démarche doit venir de nous mêmes, pour ensuite, la faire partager aux autres. Tout un chacun doit faire preuve de réflexion, de sorte que nous puissions réaliser la synthèse de toutes les contributions, pour savoir quel développement durable nous voulons pour la Guadeloupe. La volonté politique nous freine peut-être et nous empêche de prendre nos responsabilités »

Luciani Lenoir Létang : « La société traditionnelle est une histoire. Il faudrait l’enseigner dans les écoles à nos enfants. Nos ancêtres ont su utiliser des dynamiques solidaires pour survivre à toutes les épreuves qu’ils ont du endurer. Si l’article 16 du code noir interdisait les rassemblements d’esclaves, ces derniers passaient outre, au vu et au su de leurs maîtres qui savaient que ces rencontres servaient de défouloir aux captifs. Ces rassemblement ont débouché sur des confréries. En effet, les esclaves des bourgs se rassemblaient et cotisaient. Elles ont débouché sur les mutuelles d’aujourd’hui. Ces mutuelles ont été très puissantes et ont leur sein régnait une très forte solidarité. A l’heure actuelle nos mutuelles sont attaquées, spoliées dans leur capital et dans leurs biens immobiliers. Il faut restaurer le respect du à ces mutuelles et aux mutualistes ».

Christiane Gaspard-Méride : « La mère de famille antillaise est un grand chef d’entreprise. C’est elle qui assure la gestion du ménage. Ici, il a fallu qu’on se batte pour tout. C’est toujours le cas aujourd’hui. La part de transmission manque beaucoup dans nos sociétés. Nous travaillons sur le projet d’un sommet des femmes de la Caraïbe qui se déroulera en novembre 2009. Il y sera question d’économie sociale et solidaire et nous y échangerons notre savoir-être et notre savoir-faire ».

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