La tortue marine a son public… Et pas seulement un public d’initiés ! Il était présent jeudi 1er décembre 2016 au soir à la médiathèque Raoul Georges Nicolo du Gosier, à l’occasion d’une conférence sur la préservation de cette espèce dans le cadre des 25 ans de protection de la tortue marine en Guadeloupe.
La protection de l’espèce s’organise au sein du réseau “Tortues marines de Guadeloupe”, en lien avec l’École de la mer et son centre de soins. Le réseau a non seulement un rôle de protection, un rôle d’éducation particulièrement auprès des jeunes publics, les écoliers guadeloupéens, mais aussi un rôle de sauvegarde de l’environnement dans son ensemble.

Mariane AYMAR, chargée de pédagogie à l’École de la mer, précise que le centre de soins a pris en charge 22 tortues marines en 2015. Pour la plupart, les soins furent de courte durée et les tortues ont pu être relâchées. Pour d’autres, la fin a été moins heureuse. Les vétérinaires du centre de soins ont ressorti une quantité importante de déchets en plastique des intestins des reptiles. En effet, la pollution marine contribue fortement au déclin de l’espèce. C’est ainsi que les stages de sensibilisation dans les écoles sont très importants, d’autant que sur 7 espèces de tortues marines dans le monde, 5 évoluent dans les eaux guadeloupéennes pondent sur nos plages :

  • La tortue Karèt
  • La tortue verte
  • La tortue Caouanne
  • La tortue olivâtre
  • La tortue luth

L’École de la mer et le réseau “Tortues marines de Guadeloupe” organisent également des événements plus gais, qui sont les relâchers de tortues à la mer. Cela permet de mettre en lumière leur retour en site naturel en sensibilisant également le public adulte et enfant.

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Mariane Aymar et Sophie Bédel
Mariane Aymar, chargée de pédagogie à l’École de la mer et Sophie Bédel, biologiste et porte-parole de l’ONCFS

Plusieurs causes ont participé depuis ces 40 dernières années à la menace d’extinction des tortues marines. Cependant, selon les zones géographiques, les causes sont différentes. Dans les années 70, une multinationale du secteur industriel a fabriqué des produits alimentaires à base de tortue. Les mers des Antilles françaises ont été pillées pendant de nombreuses années. Il a été constaté finalement, que la soupe de tortue n’était pas apprécié par les européens, sa fabrication a été donc arrêtée. Il a fallu attendre 1991, pour que la tortue marine deviennent une espèce protégée. Son habitat ainsi que ses oeufs sont aussi protégés.

La méconnaissance de l’espèce a aussi participé à son déclin. Lors des remontées de filets de pêche, des tortues sont emprisonnées. Les pattes de l’animal entremêlées dans les fils du filets sont alors coupées pour l’extirper du filet, car le pêcheur pense que l’animal est mort ou qu’il ne survivra pas car hors de l’eau. Il faut savoir que la tortue respire par des poumons et qu’elle est en mesure de rester hors de l’eau pendant très longtemps. Aussi, contrairement à la tortue de terre, les pattes et la tête de la marine ne sont pas rétractables.

Le braconnage, quant à lui, peu usité en Guadeloupe, contrairement à la Guyane, participe au déclin de la tortue marine. Les menaces sur son habitat, notamment l’érosion du littoral, la pollution de l’environnement, la pollution lumineuse, les constructions à grande échelle sur le littoral sont autant de menaces pour la tortue. Rappelons-nous les constructions d’établissements hôteliers durant les années 80/90, sortis de terre grâce aux lois de défiscalisation ! La destruction de nids a alors été massive.

La pollution lumineuse est aussi un facteur de déclin de l’animal. Elle fait l’objet d’échanges entre le réseau “Tortues marines de Guadeloupe” et les communes qui veulent éclairer les plages la nuit. Sophie BÉDEL, biologiste et porte-parole de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) a souligné que les maires des communes étaient sensibilisés à l’enjeu de préservation des tortues marines. Les lampadaires peuvent être redirigés et certaines plages plus retirées ne bénéficieront pas d’éclairage nocturne pour permettre aux tortues d’effectuer leur ponte dans un milieu sain sans apport humain. Les plages des bourgs ne sont pas très favorables à la ponte pour cause de pollution lumineuse. Pour sa part, la plage de la Datcha peut accueillir 2 à 3 pontes par an, contrairement à d’autres plages beaucoup plus favorables au développement des oeufs.

Une autre menace, le virus. Il peut s’attaquer à l’espèce. Une maladie connue est le fibropapillomatose. C’est une sorte d’herpès qui est apparu en Guadeloupe en 2011. Détecté à temps, les bêtes peuvent être prises en charge par le centre de soins.

Mais la tortue n’est pas que protection et préservation. Antoine CHABROLLE, coordinateur du réseau “Tortues marines de Guadeloupe” a indiqué les nouveaux métiers liés à la protection de l’espèce. Le développement touristique du territoire autour de la découverte des fonds marins, induit indubitablement un développement économique.

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Les membres du réseau "Tortues marines de Guadeloupe"

Plus d’informations : www.tortuesmarinesguadeloupe.org

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